Coton : la campagne s’annonce serrée

À Banikoara, les hangars se remplissent plus lentement que l’an dernier. La faute à une saison des pluies décalée, mais aussi à un calcul simple : à ce prix, la marge fond.
Ce que disent les chiffres
Les données publiées cette semaine confirment une tendance amorcée l’an dernier, mais l’ampleur du mouvement varie fortement d’un département à l’autre. Dans l’Atlantique, la progression atteint presque le double de la moyenne nationale ; dans l’Alibori, elle reste sous le seuil observé avant la réforme. Les services statistiques invitent à la prudence sur les comparaisons annuelles, le mode de collecte ayant changé en cours de période.
Trois facteurs ressortent des entretiens menés sur place. Le premier est l’accès au financement, qui conditionne la capacité à investir avant la récolte. Le deuxième est la logistique, un poste dont le coût a augmenté plus vite que les prix de vente. Le troisième, moins souvent cité mais tout aussi déterminant, est la stabilité des règles : plusieurs responsables interrogés disent avoir renoncé à des projets faute de visibilité à trois ans.
« Nous ne demandons pas une subvention, nous demandons de savoir à quoi nous aurons droit dans deux campagnes. »
Des effets déjà visibles sur le terrain
À une trentaine de kilomètres au nord, la coopérative a réorganisé ses collectes. Les pesées se font désormais en présence de deux témoins, ce qui a réduit les contestations sans allonger les délais. Le gain est modeste mais réel : quelques points de rendement, et surtout une confiance retrouvée entre les adhérents et le bureau.

Le calendrier des prochaines semaines dira si ces ajustements suffisent. Les responsables de la filière attendent l’arbitrage annoncé pour la fin du mois, qui portera à la fois sur le prix d’achat et sur le mécanisme de préfinancement des intrants.
Ce qu’il faut retenir
- Une progression réelle mais très inégale selon les départements
- Un coût logistique qui pèse plus que le prix de vente
- Un arbitrage attendu avant la fin du mois
Reste la question de fond, que personne ne tranche pour l’instant : jusqu’où la transformation locale peut-elle absorber la production, et à quel horizon ? Les investissements annoncés portent sur des capacités qui ne seront opérationnelles qu’à moyen terme, alors que les décisions de semis se prennent maintenant.

